Après dix ans d'expérimentation de la viticulture en bio-dynamie sur le vignoble de Cumières, la maison a décidé d'appliquer progressivement cette méthode de culture à tout son vignoble, pour lui permettre d'exprimer pleinement son potentiel.
1 - PRESENTATION DE LA BIO-DYNAMIE
a - Théorie
En 1924, Rudolph Steiner, philosophe et scientifique autrichien, donna les orientations fondamentales de la bio-dynamie permettant à l'agriculture malade de retrouver une santé.
La bio-dynamie est la recherche de l'équilibre : l'équilibre des cultures avec leurs environnements immédiats et plus lointains. La bio-dynamie considère l'agriculture comme un élément d'un système dans lequel tous les éléments sont interdépendants les uns des autres.
Mais, la plante cultivée quelle qu'elle soit ne dépend pas uniquement du sol sur laquelle est croît, du climat qui est le sien, de l'Homme qui la cultive, mais d'un environnement plus global. Elle dépend du Soleil qui lui apporte la chaleur nécessaire à son développement.
Le Soleil est bien une planète distante de plusieurs millions de kilomètres, alors pourquoi les autres planètes n'auraient-elles pas une influence sur la Terre et donc sur la plante cultivée ?
Ainsi, la bio-dynamie englobe la Terre dans un vaste système où toutes les planètes sont interdépendantes les unes des autres et où chacune apporte de l'énergie aux autres.
Les cycles du Soleil et de la Lune ont un rôle important sur le climat et sur les marées ; tout le monde en est conscient. Alors pourquoi pas sur les cultures et en particulier sur la vigne ?
Donc, la bio-dynamie s'efforce de canaliser les différentes énergies que reçoit la vigne.
b - Différences entre viticulture raisonnée, viticulture biologique et viticulture bio-dynamique
La viticulture raisonnée : l'objectif est de limiter les interventions en choisissant le bon moment, en limitant les molécules utilisées à celles les plus écologiques et en en réduisant les doses. Le viticulteur ne doit donc plus traiter systématiquement en préventif mais tenir compte de la potentialité de la maladie ou de l'atteinte d'un seuil d'infestation minimal pour les insectes. Il peut utiliser tous les produits autorisés sur le marché.
La viticulture biologique : aucune molécule chimique de synthèse ne peut être utilisée. L'objectif est de favoriser un équilibre entre les différentes maladies et les différents insectes présents dans le vignoble.
La viticulture biodynamique : en plus des notions liées à la viticulture biologique, l'idée est de dynamiser la vigne en l'aidant à résister par elle-même aux agressions extérieures (maladies, insectes et produits épandus dans le voisinage) à l'aide de produits naturels utilisés à des doses homéopathiques tels que l'ortie, la prêle, certains préparats adaptés. Un meilleur résultat est obtenu en choisissant les bonnes dates pour chaque opération (taille, épandage, rognage...).

2 - LA PRATIQUE DE LA BIO-DYNAMIE
a - Culture du sol
La bio-dynamie a pour but de redonner vie au sol afin que celui-ci puisse être le support vivant de la vigne. La vigne peut ainsi faire plonger ses racines profondément pour y trouver un environnement propice à son développement : eau, sels minéraux, oligo-éléments.
Dans la pratique, il s'agit de travailler le sol. En hiver, on effectue le chaussage des pieds de vigne, au printemps on effectue une décompaction, un déchaussage et pour désherber on passe les griffes de façon légère. On permet ainsi au sol de s'ouvrir pour favoriser son aération, sa vigueur et lui permettre de recevoir les forces de vie de son environnement.
La fertilisation est basée sur l'utilisation d'un compost de fumier et de pailles. Le compost se décompose pendant un an avant d'être enfoui l'hiver et de permettre à la terre de l'assimiler. On redonne vie au sol par cet apport de matières organiques. La faune du sol dégrade cette matière organique, se développe et en même temps aère le sol.
b - Calendrier des semis
Le calendrier des semis est issu de la recherche en agriculture bio-dynamique effectuée par Maria et Matthias Thun depuis une cinquantaine d'années. Toutes les expériences à l'origine des indications données dans ce calendrier ont été menées sur des sols cultivés depuis longtemps en bio-dynamie.
Ce calendrier regroupe par mois les jours favorables pour les travaux agricoles.
Les jours favorables sont regroupés en quatre catégories : les jours feuilles, les jours fruits, les jours fleurs et les jours racines. Donc, les travaux agricoles effectués en jours fruits favorisent le développement du fruit, en jours feuilles la partie aérienne de la plante, en jours racines l'activité racinaire, et en jours fleurs les inflorescences.
Ces jours favorables ont été calculés en fonction de la position des planètes. Pour les plantations, on tiendra compte des jours racines et fruits. Pour la qualité du raisin, nous interviendrons pour la culture et les traitements des vignes les jours fruits.
c Préparations
Le compost de bouse :
La préparation compost de bouse s'adresse directement à la terre. Elle soutient et renforce le processus de décomposition de la matière organique. Elle contient en elle-même tous les éléments qui aident à la formation du complexe argilo-humique, on y trouve un nombre considérable de bactéries qui participent à cette formation et introduisent la vie dans l'élément terreux.
Le compost de bouse est composé essentiellement de bouse de vache , de silice , de calcaire, et de diverses préparations (502 à 506) à base de plantes (millefeuille, camomille, ortie, écorces de chêne, pissenlit). Il est répandu en gouttelettes sur le sol après une dynamisation.
Préparation bouse de corne :
Elle mobilise les éléments du sol vers la plante en agissant directement sur les racines qu'elle développe en grosseur et en longueur. Celles-ci peuvent donc mieux capter la nourriture de la plante, d'où une meilleure résistance à la sécheresse notamment.
La circulation de la sève devient plus régulière . La bouse de corne fait monter dans la sève les forces de vie, ces forces apportées dans le sol par le compost de bouse.
La bouse de corne est obtenue à partir de bouse mise dans une corne de vache puis enterrée dans le sol pendant l'hiver, où elle capte les forces de vitalisation.
Cette préparation est répandue sur le sol après une dynamisation d'une heure, le soir.
Le compost de bouse et la bouse de corne ne servent qu'à préparer la plante et le sol afin que la silice de corne soit efficace.
Préparation silice de corne ou 501 :
Elle soigne l'atmosphère pour que les forces de lumière parviennent bien à la plante. Elle favorise l'assimilation par les feuilles des oligo-éléments contenus à l'état homéopathique dans l'atmosphère.
Après une dynamisation d'une heure, cette préparation est pulvérisée en fines gouttelettes sur les feuilles au lever du Soleil.
Le 501 est de la silice finement broyée mise dans une corne de vache et enterrée mais pendant l'été, où elle reste exposée aux forces vives du soleil. La corne de vache, capteur naturel d'énergie, est très utilisée en bio-dynamie.
Ces produits sont utilisés après avoir été dynamisés. La dynamisation consiste à mettre le produit dans l'eau et à brasser d'abord en tournant dans un sens de manière à créer un vortex puis dans l'autre sens, et cela pendant un temps déterminé. Il s'établit alors un transfert de la substance vers l'eau.
d - Conclusion
La pratique de la bio-dynamie demande une observation plus attentive du vignoble et une disponibilité plus grande de la part des vignerons du Domaine.
A cet effet , tout le monde est concerné par la bio-dynamie chez Leclerc Briant.

3 MISE EN PLACE DE LA BIO-DYNAMIE CHEZ LECLERC BRIANT
a - Quand ?
Dès l'après vendange 2000 la bio-dynamie a été introduite de façon progressive sur l'ensemble du vignoble. Depuis fin 2002, le vignoble est entièrement en reconversion en viticulture bio-dynamique.
b - Où ?
Pour faire suite aux dix années d'essais en bio-dynamie, la reconversion a été mise en place en 3 étapes : 1ère étape : les Premiers Crus Cumières et Hautvillers ainsi que Epernay et Damery depuis 2000,
2ème étape : Verneuil en partie en 2001,
3ème étape : reconversion des dernières parcelles en 2002.
Les cuvées en reconversion sont en cours de vieillissement ; elles seront disponibles à partir de 2006 ou 2007.

4 A PROPOS DE LA MALADIE DE LA VACHE FOLLE, CONFÉRENCE DE RUDOLF STEINER, LE 13 JANVIER 1923 (1)
« Vous savez bien qu’il existe des animaux qui se comportent tout à fait en bons végétariens. Certains animaux ne mangent pas de viande. Prenons l’exemple de nos vaches, elles ne mangent pas de viande. Les chevaux eux non plus ne sont pas avides de viande, ils ne mangent que des végétaux. Or il faut bien se rendre compte que l’animal ne se contente pas d’ingurgiter de la nourriture, mais qu’il se débarrasse en permanence de ce qui se trouve dans son corps. Vous savez, par exemple, que les oiseaux muent. Ils perdent leurs plumes et doivent les remplacer par de nouvelles. Vous savez que les cerfs perdent leurs bois. Vous-mêmes, lorsque vous vous coupez les ongles, vous constatez ensuite qu’ils repoussent. Mais, ce qui apparaît dans ce cas si visiblement se déroule constamment ! Nous éliminons constamment notre peau. Je vous l’ai déjà exposé antérieurement. Et en l’espace de sept à huit ans, nous avons éliminé tout notre corps que nous avons remplacé par un corps neuf. C’est également le cas chez les animaux.
Arrêtons-nous un peu sur une vache ou un bœuf : eh bien, si vous le prenez quelques années plus tard, la chair qui est en lui est complètement changée. Cela est quelque peu différent chez le bœuf et chez l’homme ; la régénération se fait plus rapidement chez le bœuf. Sa chair est donc régénérée. Mais qu’y a-t-il à l’origine de cette chair ? C’est ce que vous devez vous demander. De pures matières végétales en sont à l’origine. Le boeuf a lui-même produit sa chair à partir de matières végétales. C’est la chose la plus importante qu’il faille relever. Le corps animal est donc capable de transformer des végétaux en chair. Eh bien, Messieurs, vous pouvez faire cuire un chou aussi longtemps que vous le voulez, vous n’en tirerez pas de la viande. Vous n’arriverez pas à en tirer de la viande en le mettant dans votre poêle ou dans votre casserole, pas plus qu’il n’est possible de transformer en viande un gâteau que l’on prépare. Il n’y a donc pas de technique qui permette cela. Mais en somme, ce que l’on ne peut pas faire techniquement se fait dans le corps de l’animal. C’est tout simplement de la viande qui est produite dans le corps de l’animal. Mais les forces nécessaires à cette opération doivent d’abord se trouver dans le corps. Parmi toutes les forces techniques dont nous disposons, il n’en est pas qui permette de transformer les végétaux en viande. Nous n’en avons pas. Notre corps ainsi que le corps de l’animal contiennent donc des forces capables de transformer des substances végétales, des matières végétales en matières carnées.
Considérez maintenant une plante. En voici une. Elle se trouve encore dans un pré ou dans un champ. Jusqu’à présent, les forces ont agi, elles ont fait pousser des feuilles vertes, des baies, etc. Supposez maintenant qu’une vache mange cette plante. Une vache ou un bœuf qui mange cette plante la transformera en chair. Cela signifie que le bœuf possède des forces en lui qui lui permettent de transformer cette plante en chair.
Imaginez qu’il prenne au bœuf l’envie de se dire : j’en ai assez de me promener et ne faire qu’arracher ces herbes. Un autre animal pourrait le faire pour moi. Je vais de ce pas manger cet animal ! Voyons, le bœuf se mettrait donc à manger de la viande ! Il est pourtant capable de fabriquer lui-même de la chair ! Il dispose de forces le lui permettant. Que se produirait-il donc si au lieu de végétaux, le bœuf se mettait à manger de la viande ? Toutes les forces qui pourraient produire de la chair en lui se trouveraient donc désœuvrées. Prenez n’importe quelle usine devant produire une chose quelconque, et supposez que vous ne produisiez rien, mais que vous mettiez toute l’usine en marche – imaginez un peu le gaspillage de forces qu’il pourrait y avoir. Une force considérable serait donc gaspillée. Or, Messieurs, la force qui est gaspillée dans le corps de l’animal ne peut pas se dissiper comme ça. Le bœuf déborde de cette force ; elle fait en lui autre chose que transformer en matières carnées les matières végétales. Cette force demeure, elle est bien là. Elle agit autrement en lui. Et ce qu’elle fait produit en lui toutes sortes de déchets. Au lieu de chair, ce sont des substances nuisibles qui sont fabriquées. Le bœuf se remplirait donc de toutes les matières nuisibles possibles s’il se mettait soudain à être carnivore. Il se remplirait notamment d’acide urique et d’urate.
Or l’urate a quant à lui des habitudes particulières. Les habitudes particulières de l’urate sont d’avoir un faible pour le système nerveux et le cerveau. Si le bœuf mangeait directement de la viande, il en résulterait une sécrétion d’urate en énorme quantité, l’urate irait au cerveau et le bœuf deviendrait fou. Si nous pouvions faire l’expérience de nourrir tout un troupeau de bœufs en leur donnant soudain des colombes, nous obtiendrions un troupeau de bœufs complètement fous. C’est ainsi que cela se présente. Malgré la douceur des colombes, les bœufs deviendraient fous. »
(1) Rudolf Steiner, Santé et maladie, Editions anthroposophiques romandes, Genève, 1983. Conférence du 13 janvier 1923 à Dornach.
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